Éducation au Burkina Faso

Éducation au Burkina Faso: 65 ans après les indépendances, l’école reste un privilège

L’éducation au Burkina Faso reste un luxe. Chaque rentrée révèle la même tragédie : des milliers d’enfants rejetés aux portes de l’école.

En cette rentrée des classes, ma pensée va à toutes ces familles qui, en ce moment précis, vivent l’angoisse de ne pas savoir comment scolariser leurs enfants. À ces petits à qui l’on répètera, une fois de plus, qu’« il n’y a plus de place ». À ces mères qui se lèvent à 4 heures du matin, qui marchent des dizaines de kilomètres, enfants au dos ou à la main, jusqu’à la localité la plus proche qui dispose d’une école. Pour attendre, des heures durant, dans la poussière et la chaleur, pour finalement entendre cette phrase assassine : « Il n’y a pas de place pour votre enfant ».

Une génération abandonnée

Aujourd’hui au Burkina Faso, plus d’un million d’enfants ne sont pas scolarisés (UNICEF). Une génération entière laissée au bord du chemin. Mon cœur saigne pour ces milliers d’enfants Burkinabè pour qui l’éducation n’est pas un droit, mais un privilège réservé à ceux qui naissent au bon endroit, dans les bonnes conditions. Pour eux, la route du succès s’amincit, leurs rêves s’effritent. Chaque refus les rapproche un peu plus de la précarité, de l’errance, de la criminalité, et les livre, vulnérables, aux mains de ceux qui recrutent pour alimenter les groupes armés qui nous terrorisent. Un enfant qu’on refuse d’éduquer aujourd’hui, c’est une bombe à retardement sociale et sécuritaire que l’on pose pour demain.

Des infrastructures insuffisantes

Le drame de notre système éducatif n’est pas seulement dans l’accès, mais aussi dans l’absence de moyens. Certains départements ne disposent que d’une seule école depuis plus de vingt ans. Des villages entiers n’ont jamais vu une salle de classe construite en dur. Là où il y a une école, elle est souvent en ruine : toitures effondrées, tables-bancs manquants, latrines inexistantes. Comment parler d’éducation de qualité dans de telles conditions ?

À cela s’ajoutent les écoles fermées à cause du terrorisme, dans les zones les plus fragiles du pays. Des centaines d’établissements sont aujourd’hui hors service, vidés de leurs enseignants et de leurs élèves, aggravant une crise déjà insoutenable.

Dans les écoles encore ouvertes, l’espoir se transforme en cauchemar : des classes qui devraient accueillir 40 élèves en regroupent parfois plus de 100. Dans un tel entassement, l’enseignant est impuissant. Comment suivre, encadrer, corriger, encourager un enfant perdu au milieu de cette foule compacte ? Ces conditions ne forment pas des citoyens éclairés, mais des générations bâclées.

Soixante-cinq ans après…

Soixante-cinq ans après les indépendances, comment expliquer que nous n’ayons pas su – ou pas voulu – nous donner les moyens de garantir un droit aussi élémentaire que l’école pour nos enfants ? Comment justifier que nous soyons encore incapables de protéger les plus vulnérables de notre société ? Nous portons tous une part de cette responsabilité.

Les dirigeants qui, depuis des décennies, ont géré ce pays en faisant de l’éducation un slogan plutôt qu’une priorité. Les parents ensuite, qui continuent à mettre au monde des dizaines d’enfants tout en sachant qu’ils n’ont ni les moyens ni les structures pour les encadrer. Et nous-mêmes, citadins confortablement installés dans nos vies modernes, préoccupés par nos futilités quotidiennes, fermant les yeux sur une réalité qui n’est pourtant pas si éloignée de nous.

Assez d’excuses

Assez d’excuses. Assez de rejeter la faute uniquement sur l’héritage colonial. Oui, la colonisation nous a laissés des blessures profondes. Mais l’incapacité, en plus d’un demi-siècle, à bâtir un système éducatif digne, inclusif et solide n’est plus la faute d’hier, elle est la nôtre, aujourd’hui.

L’irresponsabilité, le manque de vision et l’oubli des priorités collectives nous condamnent à tourner en rond dans ce cercle vicieux. Et pendant que nous nous complaisons dans ce rôle de victimes de l’Histoire, des générations entières d’enfants voient leur avenir se refermer devant elles. Voilà le vrai scandale.

Quelles solutions ?

Pourtant, rien n’est irréversible. L’éducation peut être sauvée si elle devient une priorité nationale réelle.

  • Construire des infrastructures scolaires modernes et accessibles dans chaque commune, pas seulement dans les grandes villes.

  • Recruter et former davantage d’enseignants, afin de réduire la taille des classes et garantir un suivi individuel.

  • Sécuriser véritablement les zones attaquées par le terrorisme, pour rouvrir les écoles fermées et protéger élèves et professeurs.

  • Mobiliser la diaspora et les partenaires internationaux, non pas pour des dons ponctuels, mais pour bâtir des fonds stables, orientés exclusivement vers l’éducation de base.

  • Responsabiliser les communautés locales, afin qu’elles deviennent actrices de l’éducation de leurs enfants, au lieu de spectatrices impuissantes.

L’avenir du Burkina Faso ne se joue pas dans les discours politiques, mais dans les salles de classe. Chaque enfant laissé derrière est une défaite nationale. Et n’oublions jamais cette vérité brutale :


Un enfant sans école aujourd’hui, c’est un terroriste potentiel demain. Et ce sera notre faute.

Amzy ouvre sa tournée américaine avec un concert mémorable à Manhattan

Ce samedi 30 août au Centennial Memorial Temple de Manhattan, le public burkinabè et les amoureux de musique africaine ont assisté à un moment historique : le tout premier concert d’Amzy aux États-Unis. Cet événement, qui marquait l’ouverture officielle de sa tournée américaine, a tenu toutes ses promesses. Plus qu’un simple concert, il a pris les allures d’une consécration.

Une salle comble et une communion patriotique

Dès les premières heures, le ton était donné : salle pleine à craquer, ferveur palpable. Le public, composé de fans venus de plusieurs États, attendait déjà l’artiste avec une impatience fiévreuse. La soirée s’est ouverte par des prestations d’invités qui ont préparé le terrain, avant que l’hymne national du Burkina Faso ne soit entonné par toute la salle. Un moment solennel, chargé d’émotion, ponctué d’une pensée collective pour la mère patrie, confrontée à de lourds défis sécuritaires

Avant même que ne retentissent les premières notes de musique, les musiciens d’Amzy de talentueux Burkinabè établis aux États-Unis se sont installés sur scène. Puis, une surprise a cueilli le public : une vidéo projetée en ouverture, où la voix grave et vibrante d’Amzy revenait sur la mémoire douloureuse des peuples noirs. Les images, crues et sans fard, retraçaient l’esclavage, la colonisation et l’exploitation, appelant à la dignité et à la résistance. Cette séquence a donné au concert une dimension mémorielle et militante, rappelant que l’art peut être un vecteur de conscience autant que de divertissement.

L’entrée du Gandaogo National

Et puis vint le moment tant attendu. Quand enfin retentit l’annonce d’Amzy, le public explose. Le Gandaogo national fit son entrée, porté par l’ovation d’une salle en ébullition. En guise d’ouverture, Amzy choisit M’ma guess fo biiga (“Maman, regarde ton fils”). Rien de plus symbolique pour ce moment unique : À New York la ville qui incarne le rêve américain, ce titre résonnait comme une consécration : un fils du Faso hissé sur l’une des plus grandes scènes du monde.

 

Un voyage musical riche en émotions

Le concert fut un véritable voyage, alternant entre mélancolie, énergie et fierté. Amzy a enchaîné plusieurs morceaux, chacun apportant une couleur et une émotion particulière. Il a su toucher les cœurs avec des titres intimistes comme Salop en version acoustique, faire monter l’adrénaline avec la puissance électrisante de Bolba, réveiller la nostalgie avec Na Gadamin, et enflammer la salle entière avec ses classiques incontournables tels que Wa Locké et Bienvenue à Ouaga, repris en chœur par un public en transe. Mais bien au-delà de ces morceaux phares, chaque chanson du répertoire proposé ce soir-là témoignait d’une richesse musicale et d’une authenticité qui ne laissent aucun doute : Amzy est un artiste qui refuse de se laisser enfermer dans un seul registre, et qui fait de la scène un espace de vérité et de communion.

Une fin qui annonce de grandes choses

À 23 heures, le rideau tomba. Le public, encore debout, en redemandait, mais comblé d’avoir assisté à un spectacle intense, généreux et historique. Pour un premier pas aux États-Unis, Amzy a fait bien plus que chanter : il a incarné une victoire, celle d’un artiste qui a réussi à transformer son parcours semé d’embûches en un cri de liberté universel.

La tournée américaine ne fait que commencer. Prochain rendez-vous : Cincinnati, Ohio, le 6 septembre 2025, où ses fans attendent déjà de communier avec lui.

Hier soir, à Manhattan, Amzy n’a pas seulement donné un concert. Il a écrit une page d’histoire pour lui-même, pour le Burkina, et pour toute une génération.

Katanga, entre tragédie et pouvoir : le chef-d’œuvre Burkinabè projeté à Newark

Le samedi 2 août 2025, la salle Citiplex12 de Newark, New Jersey, a accueilli la projection du film Katanga, la danse des scorpions, en présence de personnalités telles que la Consule Générale du Burkina Faso à New York, Mme Estelle Segda/Gando, ainsi que plusieurs présidents d’associations et figures influentes de la diaspora. L’événement, orchestré par Yennega Movies sous l’impulsion du jeune réalisateur burkinabè Boukary Tiemtoré, s’inscrit dans une dynamique de promotion active du cinéma africain aux États-Unis. Déjà à l’origine de la diffusion de Bienvenue à Kikideni et réalisateur de films tels que  Le Rêve Américain de Malika ou Le Regret Fatal, Tiemtoré fait figure de relais culturel aux Etats Unis.

Les grands thèmes : pouvoir, culpabilité, trahison

Mais revenons à Katanga. Lauréat de l’Étalon d’or de Yennenga au FESPACO 2025, le film de Dani Kouyaté est une adaptation librement inspirée de La Tragédie de Macbeth de Shakespeare. Ce drame politique, tourné en noir et blanc et interprété en Mooré, explore les dérives du pouvoir absolu dans un royaume fictif du nom de Ganzurgu. Après l’échec d’un complot, le roi Pazouknaam nomme son cousin Katanga à la tête de l’armée. Encouragé par son épouse Pougnéré (incarnée magistralement par Hafissata Coulibaly), il assassine le roi Pazouknaam, pour accéder au trône. Commence alors une spirale de paranoïa, de trahisons, et de violences sans retour.

Le film explore des thèmes universels : la soif de pouvoir, la trahison, la culpabilité, la paranoïa, et le silence qui entoure les tyrans. La tragédie de Katanga, c’est celle d’un homme qui, à force d’éliminer ceux qui osent encore lui dire la vérité, perd tout lien avec la réalité… et avec son humanité. À la mort de son épouse, il envie même ceux qui peuvent encore pleurer.

Une prophétie au cœur du drame

« Tu seras roi… ou tu mourras. » Ainsi parle le devin, déposant dans l’esprit de Katanga une étincelle qui deviendra brasier. Aucune précision sur le moment, ni sur les conditions. Juste une énigme suspendue entre deux extrêmes : le pouvoir ou la mort.
Le film nous place alors au croisement de deux courants philosophiques. Le déterminisme, qui suppose que tout est écrit d’avance et que Katanga n’a fait qu’accomplir ce qui devait être. Et l’existentialisme, qui affirme que l’homme n’est rien d’autre que la somme de ses choix.

Si cette prophétie était véritable, pourquoi les gardiens de la tradition, ces masques sacrés descendus de la forêt viennent-ils le renverser ? Pourquoi parlent-ils d’usurpation, s’il ne faisait que suivre une voie tracée par le destin ? C’est là toute la force du récit : suggérer que la prophétie ne fut peut-être qu’un miroir tendu à l’âme de Katanga. Une possibilité, pas une sentence. Et ce n’est peut-être pas le destin qui l’a perdu mais sa soif.

Le rôle central des femmes : entre conscience, courage et rupture

Dans Katanga, la danse des scorpions, la femme n’est pas reléguée à l’arrière-plan. Elle est au cœur du drame, du pouvoir, et de sa contestation. Le destin du royaume bascule d’abord sous l’impulsion d’une femme : Pougnéré. C’est elle qui incarne la tentation du pouvoir absolu, manipulatrice, cynique, elle symbolise une ambition sans limite, déconnectée des conséquences humaines.

Katanga, la danse des scorpions de Dani Kouyaté : Au cœur des intrigues et complots politiques | Infos Sciences Culture

Image source: Infos Sciences Culture

Mais face à elle, d’autres figures féminines incarnent une force d’un tout autre genre. Une mère de famille refuse l’exil et de plier le genou devant le tyran. Sa dignité est sans compromis : elle choisit la mort plutôt que la soumission. Puis viennent les femmes du peuple, menées par Soubila  la veuve de Bougoum, frère d’armes et ami intime de Katanga, assassiné avec une cruauté glaçante. Balais à la main, elles envahissent les rues pour balayer symboliquement le mal. Elles ouvrent la voie, éveillent les consciences et préparent la chute du régime.

Quand le pouvoir ordonne de tirer, les soldats hésitent. Car devant eux se dressent leurs propres mères, leurs tantes, leurs grands-mères. Ces femmes deviennent le dernier rempart moral. Les soldats désobéissent. Ils choisissent l’humanité. Et l’on se souvient alors des mots du Capitaine Thomas Sankara : « Un soldat sans formation politique et idéologique est un criminel en puissance. » Dans Katanga, cette formation passe par le regard de celles qui donnent la vie et qui, parfois, doivent risquer la leur pour que le pouvoir retrouve sa juste mesure.

Un cinéma enraciné, universel, nécessaire

L’œuvre fascine également par sa direction artistique soignée : un décor mêlant tradition et modernité, un usage maîtrisé de la lumière, des coiffures et tenues symboliques… On y retrouve l’âme du cinéma Burkinabè, entre théâtre, spiritualité et critique politique. Le casting, porté par plusieurs figures emblématiques du cinéma Burkinabè, offre un jeu d’acteurs remarquable, tout en justesse et en intensité. Malgré la gravité du propos, l’humour affleure çà et là, preuve du génie du réalisateur.

Katanga n’est pas seulement une tragédie portée à l’écran. C’est une œuvre miroir: de l’Afrique, de l’homme, du pouvoir. Une fresque dense où se croisent politique, spiritualité, courage civil et mémoire collective. En redonnant au cinéma africain ses lettres de noblesse à l’international, Dani Kouyaté signe un film nécessaire, à la fois enraciné et universel.

Merci à Yennega Movies de nous avoir offert cette traversée cinématographique sur les terres américaines. Ce genre d’initiative nous rappelle que le cinéma Burkinabè n’a pas dit son dernier mot. Il observe. Il parle. Et parfois, il interpelle.

La Nuit de l’Entrepreneur : la diaspora Burkinabé à l’honneur à New York

New York, 25 juillet 2025 – À l’occasion de la cinquième édition de la Foire Entrepreneuriale de la Diaspora, l’Union de la Diaspora Burkinabè-USA (UDB-USA) a tenu La Nuit de l’Entrepreneur, une soirée de gala à l’honneur les femmes et les hommes de la diaspora qui œuvrent, à travers l’entrepreneuriat, pour leur autonomisation et le développement de leurs communautés, des deux côtés de l’Atlantique.

La cérémonie a débuté dans une atmosphère solennelle avec l’hymne national du Burkina Faso, un moment empreint d’émotion et de fierté pour les nombreux invités présents. Dans son mot d’ouverture, le Secrétaire Général de l’UDB, Monsieur Hilaire Yaméogo, a salué la présence des autorités consulaires, des partenaires et des membres de la communauté. Il est revenu sur la genèse de l’Union, créée en 2018, et en a rappelé les objectifs : promouvoir l’entrepreneuriat au sein de la diaspora, créer un espace de mise en réseau et d’échange, le tout dans une dynamique apolitique et à but non lucratif.

La marraine de la soirée, Madame Blandine de Dieu, a pris la parole pour exprimer sa gratitude face à l’honneur qui lui était fait. Elle a salué l’initiative et encouragé les organisateurs à poursuivre cette mission noble de valorisation des compétences et des réussites issues de la diaspora.

Son Excellence Madame Estelle Pélagie Segda/Gando, Consule Générale du Burkina Faso à New York, est ensuite intervenue. Elle a ouvert son allocution par une minute de silence en hommage aux Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et aux Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) tombés au Burkina Faso. Dans un message empreint de dignité et d’engagement, elle a salué la dynamique portée par l’UDB et réaffirmé le soutien du consulat à toute initiative visant à structurer l’action de la diaspora.

Un moment fort de la soirée a été la remise de distinctions à plusieurs membres et soutiens historiques de l’UDB. Monsieur Daouda Zeguime, membre de l’équipe organisatrice, a remercié les anciens présidents ainsi que les figures de la communauté qui ont accompagné l’initiative depuis ses débuts. Parmi les personnalités mises à l’honneur figuraient notamment Gouem Abdoul, Boukary Zagré, Line Bassinga, Mouna Gouem et Jacob Nitiema. Un hommage appuyé a également été rendu aux sponsors, grâce à qui l’organisation de cette soirée et de l’ensemble des activités de la Foire a été rendue possible. Dans son intervention, Daouda Zeguime a tenu à rappeler que l’UDB œuvre à la fois pour l’insertion professionnelle des Burkinabè aux États-Unis, mais aussi pour leur réinsertion économique et sociale au Burkina Faso à travers des projets structurants.


La seconde partie de la soirée s’est déroulée dans une ambiance festive et chaleureuse. Plusieurs artistes vivant aux États-Unis et d’autres venus pour l’occasion ont offert des prestations remarquées, parmi lesquels Ivano, Manaja Confirmé, Lino 46, Fandy la Marraine et Queen Tifa. Le public a également eu droit à un élégant défilé de mode présenté par la styliste Caroline Nanéma, mettant en valeur des tenues en Faso Dan Fani, tissu emblématique de l’identité burkinabè. Entre musique, gastronomie et échanges conviviaux, les invités ont aussi pu assister à des partages d’expériences d’entrepreneurs de la diaspora, venus livrer leurs parcours et inspirer les générations présentes.

La Nuit de l’Entrepreneur a ainsi permis de célébrer la réussite dans toutes ses dimensions : économique, culturelle et communautaire. Plus qu’un gala, cet événement a réaffirmé la capacité de la diaspora burkinabè à se rassembler, à transmettre et à construire des ponts durables entre les réalités d’ici et les aspirations de là-bas.

Félicitations au comité d’organisation pour la qualité de l’événement, et sens de l’engagement. Rendez-vous est donné à toutes et à tous ce dimanche 28 juillet pour la suite des festivités, avec la grande foire, exposition et rue marchande, point d’orgue de cette 5e édition placée sous le signe de l’entrepreneuriat féminin et du rayonnement de la diaspora.

Sortir du lot. Savoir saisir l’instant

Transformer une scène maladroite en levier d’influence

 

La récente rencontre entre Donald Trump et plusieurs chefs d’État africains fait couler beaucoup d’encre. Oui, il y a eu des maladresses diplomatiques. Mais non, le problème n’est pas cette polémique stérile autour de la photo.

Des chefs d’État invités à se présenter eux-mêmes. Trump qui complimente le président du Liberia , un pays anglophone pour sa maîtrise de la langue anglaise. Des discours truffés de flatteries, jusqu’à cette discussion gênante sur le Nobel de la paix.

Et pourtant… dans ce théâtre maladroit, un homme a appliqué une règle fondamentale du pouvoir :

“Ne jamais apparaître comme celui qui demande. Offrez, proposez, mais ne vous soumettez jamais.” — Robert Greene

Brice Clotaire Oligui Nguema, président du Gabon, n’est pas venu chercher des faveurs. Il est venu vendre une vision, dans un langage que Trump comprend : pouvoir, business, pragmatisme.

  • Il n’a pas dénoncé le déséquilibre : il l’a retourné.
  • Il n’a pas supplié : il a repositionné.
  • Il a compris que, dans certaines arènes, la dignité se défend par la posture, pas par la protestation.

L’art du miroir : parler à l’autre dans sa propre langue

Nguema s’est présenté à Trump en miroir, reflétant ses obsessions :emploi, souveraineté, compétitivité  pour y insérer les priorités du Gabon. Et surtout, il a transmis un message clair : “Nous ne courons pas après l’Amérique. Mais nous savons jouer avec les règles de l’Amérique.”

Trump aime le pragmatisme ? Il lui répond : « Je suis un général, moi aussi j’aime le pragmatisme. »Trump veut relocaliser la production industrielle ? Le Gabon veut aussi transformer ses matières premières localement, créer de l’emploi pour ses jeunes, et ainsi réduire les drames de l’immigration.

Dans un clin d’œil subtil à la politique migratoire américaine, il rappelle que les jeunes Africains ne choisissent pas de mourir en mer : ils fuient l’absence de perspectives. Créer de la valeur sur place, c’est aussi servir, en amont, les intérêts de l’Occident.

Mais le coup de maître, c’est cette phrase, lancée sans agressivité mais avec autorité :

« Notre marché est ouvert. Si vous ne venez pas, d’autres viendront. »

Une phrase simple, mais redoutablement stratégique. Car elle inverse le rapport. Ce n’est plus l’Afrique qui court après les investisseurs : c’est le monde qui doit saisir l’opportunité ou la laisser passer. Et dans un monde multipolaire, c’est une vérité. Ce que Brice a réussi, c’est ce que peu osent faire : exister stratégiquement dans un cadre déséquilibré, sans soumission ni arrogance.

Robert Greene l’écrit dans Les Lois de la Nature Humaine : « Le pouvoir ne se gagne pas dans l’émotion, mais dans la maîtrise des dynamiques sociales. »

Ce jour-là, le président a sans doute gagné le respect d’un homme qui ne comprend que les rapports de force. Et ça, c’est une victoire silencieuse mais déterminante.

Leadership, ambition et vision avec Emmanuel Debuyck

Il y a des entreprises où l’on vous demande de rester à votre place. Et puis, il y a des entreprises où votre énergie vous emmène plus loin.

Dans cet épisode de Parcours Atypique, j’ai eu le privilège d’échanger avec Emmanuel Debuyck, CEO d’Adwanted Group autour des questions de recrutement, de carrière, de leadership et d’entrepreneuriat. Cette conversation est, à mon sens, un concentré de ce qu’on gagne à entendre quand on veut construire une carrière ambitieuse, qu’on ait un profil “classique” ou non.

Ce que les CV ne disent pas

Emmanuel commence par remettre en question une croyance tenace dans le monde corporate :

“Le diplôme est presque secondaire à l’énergie.” Ce n’est pas une formule creuse : c’est un principe qu’il applique au quotidien. Il a nommé des profils dits “atypiques” à des postes de CEO, COO, non pas parce qu’ils avaient les bons papiers, mais parce qu’ils avaient le bon état d’esprit. Parce qu’ils avaient de l’envie, une vision, et cette énergie brute que beaucoup n’osent plus exprimer dans un monde où l’on apprend trop souvent à rentrer dans les cases.

Grandir avec l’entreprise : une vraie philosophie de promotion

Ce qui m’a frappée, c’est sa capacité à détecter le potentiel dans ses propres équipes, à faire monter les gens étape par étape, et à créer les conditions concrètes de leur réussite.

Un exemple marquant : la nomination d’une collaboratrice au poste de CEO USA. À l’époque, elle avait un profil de manager commerciale. Ce n’était pas une évidence sur le papier. Et pourtant, Emmanuel a senti le bon fit humain et culturel, puis il a mis en place un accompagnement sur-mesure, avec un mentor externe, pour l’aider à réussir.

C’est là qu’on comprend ce qu’est un vrai manager : pas seulement celui qui exige, mais aussi celui qui élève.

Ma propre expérience : oser apprendre, et être écoutée

Je suis arrivée chez Adwanted avec une solide formation en communication et une expérience riche, mais non conventionnelle.

Mon parcours était multisectoriel et multiculturel, du consulting indépendant à des projets d’intérêt public parfois difficiles à traduire dans le langage du corporate America.

Dès mes premiers mois, j’ai montré que je voulais aller au-delà de mon poste. J’avais non seulement envie de progresser, mais surtout d’apprendre. Et plutôt que de brider mon enthousiasme, Emmanuel l’a encouragé. Il n’a pas hésité à porter la casquette de mentor.

C’est ainsi qu’en moins de trois ans, j’ai eu la chance de toucher à presque tous les domaines :brand management, marketing, communication corporate, relations presse, RH, relations investisseurs, process M&A…

Et c’est là, encore une fois, qu’un bon leadership fait toute la différence. Là où certains dirigeants auraient été agacés par une collaboratrice “trop curieuse”, Emmanuel a vu de l’ambition saine et de l’engagement.

La vision entrepreneuriale appliquée au leadership

Ce que j’ai aussi profondément aimé dans cet échange, c’est la clarté avec laquelle Emmanuel parle d’entrepreneuriat.

Il déconstruit l’idée selon laquelle un projet doit réussir vite pour être légitime. Il rappelle que beaucoup abandonnent trop tôt  non pas parce qu’ils échouent, mais parce qu’ils écoutent les mauvaises voix. “Les gens ont souvent raison sur le court terme. Mais c’est la ténacité sur le long terme qui paie.”

Il parle de prise de risque calculée, de vision à 2, 3, 5 ans, de confiance en son instinct, et du courage de continuer quand les résultats tardent à venir. Et surtout, il insiste sur une chose :

N’écoutez pas ceux qui projettent leurs propres limites sur vous. C’est à vous de choisir si vous les absorbez… ou si vous avancez quand même.

 Ce que j’en retiens

Cette conversation m’a rappelé plusieurs choses fondamentales :

-Que la valeur d’un talent ne se lit pas sur un diplôme, mais dans une posture

-Qu’un vrai leader transmet, responsabilise et fait confiance

-Que l’ambition n’est pas un défaut, mais une force  quand elle est portée par la volonté d’apprendre

-Et que quand on vous donne la possibilité de faire vos preuves, on est souvent capable de plus qu’on ne l’imagine

L’épisode est disponible ici : 👉🏽 Youtube

Je vous invite sincèrement à l’écouter. Que vous soyez manager, jeune talent, entrepreneur, ou simplement quelqu’un qui croit en la progression par la valeur, vous en sortirez nourri(e).

On ne se découvre pas

On ne se découvre pas. On se déprogramme
Ce qu’on appelle “se découvrir” est souvent un processus de désapprentissage.
Tu ne découvres pas qui tu es : tu apprends à faire tomber les constructions sociales, familiales, culturelles qui ont étouffé ton noyau identitaire.
Tu n’es pas né sans vision. Tu es plutôt né saturé de conditionnements.
Don Miguel Ruiz appelle cela la domestication : ce moment où l’enfant, pur et spontané, commence à se conformer aux attentes sociales.
Il apprend à plaire pour être aimé, à taire ses élans pour être accepté, à se punir mentalement dès qu’il dévie.
La vraie connaissance de soi ne commence pas avec une question du type “Qui suis-je ?”,
mais avec “Qu’est-ce que je ne suis pas ?”
Se découvrir, ce n’est donc pas ajouter. C’est enlever.
Ce n’est pas construire. C’est démanteler.
C’est reconnaître que tes choix, tes désirs, tes comportements automatiques sont peut-être des scripts appris, des réflexes défensifs, des extensions de blessures anciennes.
Se découvrir, c’est démonter l’architecture des masques. Ce n’est pas confortable. Ce n’est pas glorieux. Mais c’est fondamental.
À Parcours Atypique, on donne la parole à ceux qui ont cessé de se conformer.