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Katanga, entre tragédie et pouvoir : le chef-d’œuvre Burkinabè projeté à Newark

Le samedi 2 août 2025, la salle Citiplex12 de Newark, New Jersey, a accueilli la projection du film Katanga, la danse des scorpions, en présence de personnalités telles que la Consule Générale du Burkina Faso à New York, Mme Estelle Segda/Gando, ainsi que plusieurs présidents d’associations et figures influentes de la diaspora. L’événement, orchestré par Yennega Movies sous l’impulsion du jeune réalisateur burkinabè Boukary Tiemtoré, s’inscrit dans une dynamique de promotion active du cinéma africain aux États-Unis. Déjà à l’origine de la diffusion de Bienvenue à Kikideni et réalisateur de films tels que  Le Rêve Américain de Malika ou Le Regret Fatal, Tiemtoré fait figure de relais culturel aux Etats Unis.

Les grands thèmes : pouvoir, culpabilité, trahison

Mais revenons à Katanga. Lauréat de l’Étalon d’or de Yennenga au FESPACO 2025, le film de Dani Kouyaté est une adaptation librement inspirée de La Tragédie de Macbeth de Shakespeare. Ce drame politique, tourné en noir et blanc et interprété en Mooré, explore les dérives du pouvoir absolu dans un royaume fictif du nom de Ganzurgu. Après l’échec d’un complot, le roi Pazouknaam nomme son cousin Katanga à la tête de l’armée. Encouragé par son épouse Pougnéré (incarnée magistralement par Hafissata Coulibaly), il assassine le roi Pazouknaam, pour accéder au trône. Commence alors une spirale de paranoïa, de trahisons, et de violences sans retour.

Le film explore des thèmes universels : la soif de pouvoir, la trahison, la culpabilité, la paranoïa, et le silence qui entoure les tyrans. La tragédie de Katanga, c’est celle d’un homme qui, à force d’éliminer ceux qui osent encore lui dire la vérité, perd tout lien avec la réalité… et avec son humanité. À la mort de son épouse, il envie même ceux qui peuvent encore pleurer.

Une prophétie au cœur du drame

« Tu seras roi… ou tu mourras. » Ainsi parle le devin, déposant dans l’esprit de Katanga une étincelle qui deviendra brasier. Aucune précision sur le moment, ni sur les conditions. Juste une énigme suspendue entre deux extrêmes : le pouvoir ou la mort.
Le film nous place alors au croisement de deux courants philosophiques. Le déterminisme, qui suppose que tout est écrit d’avance et que Katanga n’a fait qu’accomplir ce qui devait être. Et l’existentialisme, qui affirme que l’homme n’est rien d’autre que la somme de ses choix.

Si cette prophétie était véritable, pourquoi les gardiens de la tradition, ces masques sacrés descendus de la forêt viennent-ils le renverser ? Pourquoi parlent-ils d’usurpation, s’il ne faisait que suivre une voie tracée par le destin ? C’est là toute la force du récit : suggérer que la prophétie ne fut peut-être qu’un miroir tendu à l’âme de Katanga. Une possibilité, pas une sentence. Et ce n’est peut-être pas le destin qui l’a perdu mais sa soif.

Le rôle central des femmes : entre conscience, courage et rupture

Dans Katanga, la danse des scorpions, la femme n’est pas reléguée à l’arrière-plan. Elle est au cœur du drame, du pouvoir, et de sa contestation. Le destin du royaume bascule d’abord sous l’impulsion d’une femme : Pougnéré. C’est elle qui incarne la tentation du pouvoir absolu, manipulatrice, cynique, elle symbolise une ambition sans limite, déconnectée des conséquences humaines.

Katanga, la danse des scorpions de Dani Kouyaté : Au cœur des intrigues et complots politiques | Infos Sciences Culture

Image source: Infos Sciences Culture

Mais face à elle, d’autres figures féminines incarnent une force d’un tout autre genre. Une mère de famille refuse l’exil et de plier le genou devant le tyran. Sa dignité est sans compromis : elle choisit la mort plutôt que la soumission. Puis viennent les femmes du peuple, menées par Soubila  la veuve de Bougoum, frère d’armes et ami intime de Katanga, assassiné avec une cruauté glaçante. Balais à la main, elles envahissent les rues pour balayer symboliquement le mal. Elles ouvrent la voie, éveillent les consciences et préparent la chute du régime.

Quand le pouvoir ordonne de tirer, les soldats hésitent. Car devant eux se dressent leurs propres mères, leurs tantes, leurs grands-mères. Ces femmes deviennent le dernier rempart moral. Les soldats désobéissent. Ils choisissent l’humanité. Et l’on se souvient alors des mots du Capitaine Thomas Sankara : « Un soldat sans formation politique et idéologique est un criminel en puissance. » Dans Katanga, cette formation passe par le regard de celles qui donnent la vie et qui, parfois, doivent risquer la leur pour que le pouvoir retrouve sa juste mesure.

Un cinéma enraciné, universel, nécessaire

L’œuvre fascine également par sa direction artistique soignée : un décor mêlant tradition et modernité, un usage maîtrisé de la lumière, des coiffures et tenues symboliques… On y retrouve l’âme du cinéma Burkinabè, entre théâtre, spiritualité et critique politique. Le casting, porté par plusieurs figures emblématiques du cinéma Burkinabè, offre un jeu d’acteurs remarquable, tout en justesse et en intensité. Malgré la gravité du propos, l’humour affleure çà et là, preuve du génie du réalisateur.

Katanga n’est pas seulement une tragédie portée à l’écran. C’est une œuvre miroir: de l’Afrique, de l’homme, du pouvoir. Une fresque dense où se croisent politique, spiritualité, courage civil et mémoire collective. En redonnant au cinéma africain ses lettres de noblesse à l’international, Dani Kouyaté signe un film nécessaire, à la fois enraciné et universel.

Merci à Yennega Movies de nous avoir offert cette traversée cinématographique sur les terres américaines. Ce genre d’initiative nous rappelle que le cinéma Burkinabè n’a pas dit son dernier mot. Il observe. Il parle. Et parfois, il interpelle.

When a man cheats, he’s a Villain. When a woman cheats, she vanishes.

There’s something almost cinematic about it: a CEO and a CPO caught on Kiss cam at a Coldplay concert. The crowd cheers. The camera lingers. And just like that, what looked like a rom-com scene explodes into a corporate scandal.

But let’s be honest: this story isn’t just about two high-level executives breaking their company’s code of conduct. It’s about how we, as a culture, decide who gets held accountable and who gets quietly edited out of the frame.

The names we remember. And the ones we erase.

The CEO of Astronomer, Andy Byron, has become internet cannon fodder. Think pieces, tweets, memes. His name is everywhere, cast as the powerful married man and father who crossed a line. And yes, that’s true. But what about Kristin Cabot, the Chief People Officer caught being cozy with him? Where is her headline?

Early reports carefully mentioned omitted her name. Even more telling: few acknowledged that she, too, is married to Andrew Cabot, CEO of Privateer Rum and has children as well. That fact only surfaced through secondary reporting and was quickly brushed aside. Many days after the scandal broke, even as both executives were placed on leave and Byron ultimately resigned, major outlets still tread carefully around Cabot. One the latest NBC article  stated they had not confirmed her identity — while the public had already flooded her LinkedIn profile days earlier.

The feminist loophole: accountability-free womanhood

We’re constantly told that feminism is about equality. Equal pay. Equal power. Equal opportunity. Great. But what about equal accountability?

Kristin Cabot isn’t a junior employee. She’s the head of people, the executive who literally oversees workplace ethics, behavior, and internal policy. She is, in many ways, the moral gatekeeper of the company. And yet, when she breaks those same standards, the media treats her like a side character in her own scandal.

It’s a dynamic I’ve seen too many times  in politics, in media, in our everyday social discourse: when a man messes up, we drag him. When a woman does, we explain her, protect her, or we forget her entirely.

This is why people are losing faith in the equality conversation

We cannot keep pretending this doesn’t have consequences.

There is a growing number of men, especially young men  who feel alienated by what they perceive as a one-sided moral code. And while I don’t subscribe to the rage of Red Pill culture, I understand its fuel: they’re watching how public narratives are shaped, and they’re not wrong to notice the double standards.

If a man cheats, he’s a monster. If a woman cheats, we’re told it’s complicated.

If a man in power violates ethics, it’s a headline.

If a woman in power does the same, it’s a PR footnote.

That’s not empowerment. That’s inconsistency.

If we want integrity, we need symmetry.

This isn’t about punishing women to make things “fair.” It’s about telling the truth with balance. If we’re serious about building an ethical workplace culture or a culture of trust at all, then women must be as answerable as men. Especially when they hold power.

Kristin Cabot doesn’t need to be destroyed.

She doesn’t need to be vilified.

She just needs to be acknowledged.

Because erasing her role in this scandal isn’t feminist: it’s dishonest. And that dishonesty? It’s why people tune out when we talk about equality. It’s why some are starting to believe it was never about equality in the first place.

If you’re going to hold the CEO accountable,you hold the CPO accountable too. Not because she’s a woman. But because she’s responsible.

Sortir du lot. Savoir saisir l’instant

Transformer une scène maladroite en levier d’influence

 

La récente rencontre entre Donald Trump et plusieurs chefs d’État africains fait couler beaucoup d’encre. Oui, il y a eu des maladresses diplomatiques. Mais non, le problème n’est pas cette polémique stérile autour de la photo.

Des chefs d’État invités à se présenter eux-mêmes. Trump qui complimente le président du Liberia , un pays anglophone pour sa maîtrise de la langue anglaise. Des discours truffés de flatteries, jusqu’à cette discussion gênante sur le Nobel de la paix.

Et pourtant… dans ce théâtre maladroit, un homme a appliqué une règle fondamentale du pouvoir :

“Ne jamais apparaître comme celui qui demande. Offrez, proposez, mais ne vous soumettez jamais.” — Robert Greene

Brice Clotaire Oligui Nguema, président du Gabon, n’est pas venu chercher des faveurs. Il est venu vendre une vision, dans un langage que Trump comprend : pouvoir, business, pragmatisme.

  • Il n’a pas dénoncé le déséquilibre : il l’a retourné.
  • Il n’a pas supplié : il a repositionné.
  • Il a compris que, dans certaines arènes, la dignité se défend par la posture, pas par la protestation.

L’art du miroir : parler à l’autre dans sa propre langue

Nguema s’est présenté à Trump en miroir, reflétant ses obsessions :emploi, souveraineté, compétitivité  pour y insérer les priorités du Gabon. Et surtout, il a transmis un message clair : “Nous ne courons pas après l’Amérique. Mais nous savons jouer avec les règles de l’Amérique.”

Trump aime le pragmatisme ? Il lui répond : « Je suis un général, moi aussi j’aime le pragmatisme. »Trump veut relocaliser la production industrielle ? Le Gabon veut aussi transformer ses matières premières localement, créer de l’emploi pour ses jeunes, et ainsi réduire les drames de l’immigration.

Dans un clin d’œil subtil à la politique migratoire américaine, il rappelle que les jeunes Africains ne choisissent pas de mourir en mer : ils fuient l’absence de perspectives. Créer de la valeur sur place, c’est aussi servir, en amont, les intérêts de l’Occident.

Mais le coup de maître, c’est cette phrase, lancée sans agressivité mais avec autorité :

« Notre marché est ouvert. Si vous ne venez pas, d’autres viendront. »

Une phrase simple, mais redoutablement stratégique. Car elle inverse le rapport. Ce n’est plus l’Afrique qui court après les investisseurs : c’est le monde qui doit saisir l’opportunité ou la laisser passer. Et dans un monde multipolaire, c’est une vérité. Ce que Brice a réussi, c’est ce que peu osent faire : exister stratégiquement dans un cadre déséquilibré, sans soumission ni arrogance.

Robert Greene l’écrit dans Les Lois de la Nature Humaine : « Le pouvoir ne se gagne pas dans l’émotion, mais dans la maîtrise des dynamiques sociales. »

Ce jour-là, le président a sans doute gagné le respect d’un homme qui ne comprend que les rapports de force. Et ça, c’est une victoire silencieuse mais déterminante.