Sortir du lot. Savoir saisir l’instant
Transformer une scène maladroite en levier d’influence
La récente rencontre entre Donald Trump et plusieurs chefs d’État africains fait couler beaucoup d’encre. Oui, il y a eu des maladresses diplomatiques. Mais non, le problème n’est pas cette polémique stérile autour de la photo.
Des chefs d’État invités à se présenter eux-mêmes. Trump qui complimente le président du Liberia , un pays anglophone pour sa maîtrise de la langue anglaise. Des discours truffés de flatteries, jusqu’à cette discussion gênante sur le Nobel de la paix.
Et pourtant… dans ce théâtre maladroit, un homme a appliqué une règle fondamentale du pouvoir :
“Ne jamais apparaître comme celui qui demande. Offrez, proposez, mais ne vous soumettez jamais.” — Robert Greene
Brice Clotaire Oligui Nguema, président du Gabon, n’est pas venu chercher des faveurs. Il est venu vendre une vision, dans un langage que Trump comprend : pouvoir, business, pragmatisme.
- Il n’a pas dénoncé le déséquilibre : il l’a retourné.
- Il n’a pas supplié : il a repositionné.
- Il a compris que, dans certaines arènes, la dignité se défend par la posture, pas par la protestation.
L’art du miroir : parler à l’autre dans sa propre langue
Nguema s’est présenté à Trump en miroir, reflétant ses obsessions :emploi, souveraineté, compétitivité pour y insérer les priorités du Gabon. Et surtout, il a transmis un message clair : “Nous ne courons pas après l’Amérique. Mais nous savons jouer avec les règles de l’Amérique.”
Trump aime le pragmatisme ? Il lui répond : « Je suis un général, moi aussi j’aime le pragmatisme. »Trump veut relocaliser la production industrielle ? Le Gabon veut aussi transformer ses matières premières localement, créer de l’emploi pour ses jeunes, et ainsi réduire les drames de l’immigration.
Dans un clin d’œil subtil à la politique migratoire américaine, il rappelle que les jeunes Africains ne choisissent pas de mourir en mer : ils fuient l’absence de perspectives. Créer de la valeur sur place, c’est aussi servir, en amont, les intérêts de l’Occident.
Mais le coup de maître, c’est cette phrase, lancée sans agressivité mais avec autorité :
« Notre marché est ouvert. Si vous ne venez pas, d’autres viendront. »
Une phrase simple, mais redoutablement stratégique. Car elle inverse le rapport. Ce n’est plus l’Afrique qui court après les investisseurs : c’est le monde qui doit saisir l’opportunité ou la laisser passer. Et dans un monde multipolaire, c’est une vérité. Ce que Brice a réussi, c’est ce que peu osent faire : exister stratégiquement dans un cadre déséquilibré, sans soumission ni arrogance.
Robert Greene l’écrit dans Les Lois de la Nature Humaine : « Le pouvoir ne se gagne pas dans l’émotion, mais dans la maîtrise des dynamiques sociales. »
Ce jour-là, le président a sans doute gagné le respect d’un homme qui ne comprend que les rapports de force. Et ça, c’est une victoire silencieuse mais déterminante.
I enjoyed reading this piece.
Thank you for the feedback
Quelle Belle plume! Bravo de nous faire voir les differents angles
C’est exactement cela. Le Président Gabonais n’a pas fait pâle figure.
Bel article. On en redemande.